Investir comme Warren Buffet

A l'heure où les particuliers ne savent plus que penser des marchés financiers, les sentences de l'oracle d'Obama fournissent de précieux éclairages. Morceaux choisis parmi ses célèbres formules chocs.

Au début du mois de mai 2010, ils étaient encore 40.000 financiers venus de toute la planète. Ils n’avaient pas hésité à se déplacer au fin fond du Middle West pour écouter Warren Buffett. L’investisseur américain façonne l’opinion des marchés depuis plusieurs décennies. Sa recette ? Formules chocs et bon sens au service d’un seul credo : le rendement.

De ce point de vue, l’homme a du talent. Depuis 1965, la performance annuelle de l’action Berk-shire Hathaway atteint 20,3 % quand, sur la même période, le S & P 500 progresse de 9,3 %. Un record ! Mieux, affublé désormais du surnom d’« oracle d’Omaha », Buffett est devenu une référence quasi incontournable dès lors que l’on attend des réponses en matière de stratégie d’investissements. Quoi de plus facile à l’entendre ! Sauf que si les principes fondateurs de sa fortune sont simples à comprendre, encore faut-il retenir que « le rétroviseur est toujours plus clair que le pare-brise ». Dans une actualité macroéconomique riche en mauvaises nouvelles et en rumeurs alarmistes, le bon sens du gourou peut être précieux. Et s’il écarte tout scénario catastrophe au prétexte de ne « pas aimer les films d’horreur », il n’en demeure pas moins utile de revenir sur quatre grands conseils qui ont contribué à bâtir sa renommée.

1- Penser par soi-même

D’abord, ne faire confiance à personne et « laisser les imbéciles lire ce qu’écrivent les imbéciles ».« Sidéré » par le comportement moutonnier d’investisseurs prétendument intelligents, Buffett revendique une pensée propre, autonome et critique : « Moi, mes bonnes idées, je ne les retire jamais des conversations des autres. » Cette indépendance se traduit aussi au niveau des prévisions « qui ne vous disent rien sur l’avenir » et sur le métier d’analystes à côté desquels « les diseuses de bonne aventure ont fière allure ». Autrement dit, penser par soi-même est une démarche positive et complexe, où il ne s’agit pas non plus de faire forcément l’inverse des autres. De passif, l’investisseur devient actif en ne se laissant pas conduire par les modes ou le consensus. Dans son dernier rapport d’activité, le financier s’amuse du décalage entre l’extrême pessimisme des prévisions des experts pour 2009 et la magistrale envolée de 19 % du Dow Jones. De son côté, Berk-shire Hathaway a ignoré les Cassandre. Au plus fort de la crise, il a investi sans panique près de 15 milliards de dollars.

2- Acheter ce que l’on comprend

Warren Buffett n’a jamais caché son ignorance à l’égard des valeurs technologiques. Non parce qu’elles sont « inintéressantes » mais simplement parce qu’il ne comprend pas leur métier et que les multiples évolutions technologiques rendent ce créneau imprévisible. Dépassé, l’octogénaire ? Peut-être. Mais, privilégiant « le processus au résultat », il fait le choix de les éviter. Il se concentre sur l’ADN de groupes industriels où la compréhension du modèle économique se conjugue avec les talents de ses dirigeants. Au final, rien de très original si ce n’est une opinion bien tranchée et respectée depuis toujours. Sa célèbre recommandation : « Si vous ne connaissez pas les bijoux, connaissez le bijoutier », illustre toutefois la complexité de sa philosophie. En effet, précisant que « les bons jockeys obtiennent des bons résultats sur les bons chevaux mais aucun sur les canassons », il souligne l’importance des fondamentaux de l’entreprise. Enfin, le « sage » se méfie de l’effet de levier et des produits dérivés. Il les qualifie d’ « armes de destruction massive » car le « risque vient du fait de ne pas connaître ce que vous faites ». L’histoire récente ne lui donne pas tout à fait tort.

3- Investir sur le long terme

Rome ne s’est pas construite en un jour. Pareil, il faut être patient quand on investit. Le raisonnement de Buffett consiste à choisir des entreprises qu’il sera « parfaitement heureux de posséder si le marché s’effondre pendant dix ans ». Il ne cherche ni à séduire Wall Street ni à miser dans des sociétés avec l’idée de tout changer : « Cela ne fonctionne pas mieux dans les sociétés que dans les mariages. » Résultat, il fuit les promesses de la spéculation à court terme pour se concentrer sur des sociétés pour lesquelles « notre durée de détention favorite est pour toujours ». Concrètement, ce sont des entreprises sur des métiers durables, ayant une position dominante et délivrant chaque année – et depuis longtemps -des profits réguliers.

Le portefeuille de Berkshire Ha-thaway à fin 2009 révèle que la fidélité de Warren Buffett à ses entreprises n’est pas un vain mot. Exemples, American Express, le « Washington Post » ou Coca-Cola comptent toujours parmi les actifs de Berkshire Hathaway tandis que les prises de participation remontent à 1964, 1976 ou 1988. Investir à long terme permet de s’affranchir de la fluctuation anxiogène des cours de Bourse à court terme. Surtout, en lissant les mouvements erratiques des marchés, la patience offre l’occasion de vérifier dans le temps la véritable valeur de l’entreprise. Reste à « trouver des entreprises dont il est possible de prédire l’activité à quinze ou vingt ans ».

4- Etre contrariant

« Soyez avide quand les autres sont craintifs et méfiant quand les autres sont euphoriques. Le moment d’acheter, c’est quand personne ne veut acheter. » Cette sentence n’est pas sans rappeler la frénésie d’achat de Warren Buffet en 2008 alors que les cours des actions étaient au plus bas.

Outils

Volontaire et opportuniste, « le sage » sait foncer quand le monde ralentit. Et s’il reconnaît que « le métier d’investisseur suppose de savoir rester parfois inactif », l’Américain sait aussi intervenir quand ses critères les plus exigeants sont satisfaits. Seules comptent des « compagnies extraordinaires à des prix ordinaires, et non des compagnies ordinaires à des prix extraordinaires ». Pour ce faire, il s’appuie sur la conviction de l’inefficience des marchés qu’il tente de déceler pour mieux l’exploiter. Au final, l’apôtre de l’approche contrariante ne fait ni plus ni moins que de distinguer le prix de la valeur : « Le prix c’est ce que l’on paie, la valeur c’est ce que l’on a. » Autrement dit, il opère avec une bonne marge de sécurité en fouinant les belles sociétés pas chères dont le potentiel viendra accroître la valorisation. Cerise sur le gâteau, il les acquiert souvent en période de baisse pour les vendre plus tard quand les marchés ont bien grimpé. Tout un art sachant que « si jamais vous vous retrouvez dans un bateau qui coule, l’énergie pour changer de bateau est plus productive que l’énergie pour colmater les trous ».

En définitive, ces règles sont-elles infaillibles ? Non, hélas. Et si Warren Buffett se montre prolixe en conseils, il sait aussi reconnaître ses erreurs. En fait, il a appris qu’ « au cours de sa vie, il est impossible à un investisseur de prendre des centaines de bonnes décisions. Une seule par an suffit ». De quoi décomplexer ceux qui ne comprennent rien à des marchés où le vinaigre circule sur les tables aussi vite que le champagne.

BLANDINE BLANC-DURAND

Finance comportementale : le biais de récence

L’actualité économique est souvent traitée sous l’angle des chiffres : taux d’intérêt, croissance du PIB, bénéfices des entreprises. Pourtant, au cœur de chaque transaction financière, il y a une variable bien plus volatile et difficile à modéliser : l’être humain. En cette fin d’année 2025, alors que les Bourses mondiales s’enthousiasment pour les résultats spectaculaires de géants de la tech comme Nvidia ou que le CAC 40 semble ignorer certaines incertitudes, un piège psychologique menace silencieusement l’épargnant et le jeune professionnel : le Biais de Récence.

Le biais de récence : quand le passé proche occulte l’avenir lointain

Le Biais de Récence est un concept fondamental de la finance comportementale. Il décrit la tendance naturelle de notre cerveau à accorder une importance disproportionnée aux événements les plus récents lors de la prise de décision, tout en minimisant ou en ignorant les données historiques ou les tendances à long terme. Aujourd’hui, l’actualité financière récente est dominée par des performances exceptionnelles. Un indice a grimpé de 5 % ce mois-ci, une action a doublé de valeur en six mois, ou une cryptomonnaie a explosé après une annonce. Pour l’investisseur moyen, cette vague d’informations positives et proches a un effet pervers : elle crée une illusion de continuité. On se dit inconsciemment que la tendance actuelle est la seule qui compte et qu’elle va se poursuivre indéfiniment.

Ce mécanisme psychologique est le moteur direct de deux erreurs fondamentales qui coûtent cher aux investisseurs. La première, c’est l’acte d’acheter au plus haut. Poussé par la Fear Of Missing Out (FOMO), l’investisseur se lance dans l’achat après une forte hausse, craignant de rater le « train » de la richesse, ignorant que le titre est peut-être déjà surévalué. La seconde erreur, tout aussi coûteuse, est de vendre au plus bas. Après une correction brutale, la récence du choc émotionnel (la perte) prend le dessus, menant à la panique et à la liquidation des actifs à prix cassés, brisant ainsi la stratégie de long terme. Ce biais empêche de maintenir la discipline, essentielle à la réussite dans l’investissement.

Les outils nécéssaires

Désormais, les programmes de formation en finance intègrent de plus en plus la psychologie des marchés. Les professionnels sont entraînés à formaliser un plan écrit, c’est-à-dire définir des règles d’investissement claires (objectifs, seuils de prise de bénéfices, limites de pertes) avant d’entrer sur le marché. Ce plan agit comme un garde-fou rationnel contre les décisions prises sous le coup de l’émotion récente. De plus, ils analysent l’historique complet en utilisant des données sur plusieurs cycles économiques, incluant les krachs et les récessions, afin de contextualiser la performance actuelle. Enfin, ils mettent en place des « buffers » ou temps de pause avant toute décision majeure pour laisser retomber l’émotion générée par une actualité forte.

En France, la tentation islamiste gagne du terrain dans la jeune génération musulmane

Selon une étude de l’Ifop, menée de 1989 à aujourd’hui, les musulmans de 15 à 24 ans, contrairement à leurs aînés, sont très nettement attirés par les formes les plus rigoristes de leur religion, préférant la charia aux lois républicaines.

L’art du sondage en matière religieuse est délicat. Les croyants ne livrent pas forcément aux sondeurs ce qu’ils ont de plus intime. Mais les résultats sont parfois sans appel. Ainsi du sondage de l’Ifop pour la revue Écran de veille, publié ce mardi 18 novembre, qui tend à démontrer que la pratique stricte de l’islam et la sympathie pour sa forme radicale ont gagné près de la moitié de la jeune génération musulmane depuis 1989.

François Kraus, directeur du pôle politique et actualité de cet institut de sondage, analyse : « Cette enquête dessine très nettement le portrait d’une population musulmane traversée par un processus de réislamisation, structurée autour de normes religieuses rigoristes et tentée de plus en plus par un projet politique islamiste. » Il insiste sur le comportement notable « des plus jeunes musulmans », pour qui cette « forte réaffirmation identitaire » s’exprime en trois points : « L’intensification des pratiques cultuelles, la rigidification des rapports de genre, l’adhésion croissante aux thèses islamistes. »

Quelques chiffres significatifs appuient son propos : en 36 ans, la fréquentation de la mosquée par les moins de 25 ans est passée de 7 % à 40 %. Dans cette classe d’âge, le respect strict du ramadan a bondi, grimpant de 51 % à 83 %. Quant au port du voile, il a progressé de 16 % à 45 % chez les filles de cette génération, soit trois fois plus qu’en 2003, une année de fortes polémiques sur le sujet.

L’étude constate non seulement cette progression des règles religieuses chez les jeunes musulmans, mais elle observe aussi chez eux la diffusion d’une culture de la radicalité : 42 % éprouvent de la sympathie pour l’islamisme quand 33 % de l’ensemble des musulmans voient les radicaux d’un bon œil. En 1998, la proportion de cette bienveillance pour les intégristes était de 19 %, tous âges confondus.

Autre marqueur observé ces dernières années via des faits de société à répétition, le rejet de la mixité. 45 % des hommes de moins de 35 ans et 57 % des femmes du même âge refusent au moins une forme de contact, comme celui de serrer la main, de se faire soigner par une personne de l’autre sexe, de fréquenter une piscine mixte. Un jeune musulman de moins de 25 ans sur deux (47 %) refuserait par exemple de faire la bise à une personne de l’autre sexe.

Cette tendance au rigorisme touche également le respect des lois françaises : 57 % des 15-24 ans interrogés pensent que les lois de la République passent après les règles de l’islam, la législation française étant « moins importante » que la charia. Alors que 49 % des musulmans, tous âges confondus, choisiraient le respect des lois françaises (contre 62 % en 1995). Une évolution encore plus visible dans le champ scientifique. Si 65 % des musulmans pensent que la religion surpasse la science sur la question de la création du monde (19 % en moyenne chez l’ensemble des Français), ils sont 82 % de jeunes à le penser.

Autre élément notable de ce nouveau sondage, l’analyse détaillée de l’attirance des musulmans pour les différentes sensibilités de l’islamisme. L’enquête retient six mouvements, mais ce sont les Frères musulmans qui recueillent le plus de soutien, avec un quart chez les musulmans dans leur ensemble et un tiers chez les moins de 25 ans. En France, ce mouvement – fondé en Égypte en 1928, notamment en réaction à « l’emprise laïque occidentale » – a longtemps été incarné par l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), débaptisée en 2017 pour s’appeler Musulmans de France. Cette mouvance est fortement investie dans la formation des imams et la création de collèges et de lycées. Elle prône un islam très orthodoxe, et sait s’insérer dans les sociétés occidentales en respectant ses lois tout en ne faisant aucun compromis sur la religion. Un mouvement qui a ardemment défendu le voile lorsque les débats sur son port faisaient rage.

Le capital « sympathie » pour les autres mouvances rigoristes s’exprime ainsi : le salafisme (9 %), qui revendique une approche intégriste, le wahhabisme (8 %), incarné par l’Arabie saoudite, le tabligh (8 %), très rigoriste, d’origine indienne, le takfir (8 %), qui considère tout non-musulman comme un apostat à cibler, le djihadisme (3 %), qui légitime la violence armée pour gagner le pouvoir. Ce dernier recueille 52 % d’opinion hostile de la part des musulmans (24 % sont indifférents, 13 % disent ne pas le connaître et 8 % ne se prononcent pas). Le salafisme est rejeté à 28 % et les Frères musulmans à 24 %.

Globalement, 38 % des musulmans partagent tout ou partie de ces mouvances islamistes, ils n’étaient que 19 % à les soutenir en 1998. Quant aux jeunes de moins de 25 ans, c’est l’un des chocs de l’étude : ils sont 42 % à ressentir de la bienveillance pour les islamistes, alors qu’ils étaient 29 % en 1998. Même chose chez les 25-34 ans, qui passent de 22 % en 1998 à 43 % en 2025, selon l’Ifop.

Dans son commentaire, l’institut de sondage juge « préoccupante » cette « progression de l’adhésion aux thèses islamistes », parce qu’elle est « loin des discours convenus sur une sécularisation qui serait à l’œuvre chez les musulmans français » et que le résultat de l’enquête « dépasse même les estimations les plus pessimistes ».

La fascination de cette jeunesse pour le radicalisme confirme au passage son désintérêt pour les grandes fédérations musulmanes qui représentent officiellement l’islam de France et qui tentent de combattre, de l’intérieur, ces tendances intégristes.

En s’appuyant sur ce panorama, François Kraus émet cette hypothèse pour le futur : « Loin de s’atténuer avec le temps, le processus de réislamisation et de radicalisation va au contraire s’amplifier au fil du renouvellement des générations. » Il pourrait d’ailleurs être irréversible : « L’enquête suggère que, à ce stade, rien ne semble enrayer ce processus. Au contraire, tous les indicateurs convergent vers un renforcement de ces tendances dans les années à venir. »

D’autant que seulement 12 % des musulmans âgés de 15 à 24 ans souhaitent, en 2025, que « l’islam se modernise ». Cette question de l’adaptation de l’islam, posée à cette même tranche d’âge en 1998, recueillait pourtant l’assentiment de 41 % des jeunes. Cette proportion favorable à une réforme a donc été presque divisée par quatre. Et par deux pour l’ensemble des musulmans : 48 % souhaitaient une réforme en 1998, ils ne sont plus que 21 % aujourd’hui.

Cette analyse sans appel est toutefois pondérée par deux observations mises en évidence dans l’étude. D’une part, cette exigence religieuse des jeunes générations est aussi constatée depuis une dizaine d’années dans toutes les religions, même si c’est dans l’islam qu’elle se montre la plus spectaculaire. Aussi l’Église catholique de France s’est-elle étonnée au printemps dernier de constater une résurgence de la pratique ascétique du carême chez les jeunes. Beaucoup reconnaissaient d’ailleurs avoir été comme « provoqués » dans leur foi chrétienne par la religiosité de leurs confrères musulmans, notamment dans le milieu scolaire. Mais, à ce propos, l’Ifop observe que « la religiosité » est « largement supérieure chez les musulmans que dans les autres religions » : 80 % se déclarent religieux, contre 48 % en moyenne dans les autres religions. 67 % des musulmans âgés de moins de 25 ans « reconnaissent prier au moins une fois par jour » en 2025, ils n’étaient que 26 % en 1989. Là aussi l’augmentation est spectaculaire.

Ce même sondage démontre que les fidèles musulmans auraient un moindre degré de religiosité en vieillissant. Ainsi du port du voile, qui serait en chute chez les musulmanes de plus de 50 ans. Si 31 % des femmes se voilent en 2025, elles étaient 19 % en 2003. En revanche, les femmes de 50 ans et plus, elles, ne seraient plus que 16 % à porter le voile aujourd’hui. Un phénomène similaire se produit pour la fréquentation – essentiellement masculine – de la mosquée : 40 % des jeunes musulmans la fréquentent, contre moins d’un quart des 50 ans et plus (24 %).

Le sondage n’explique toutefois pas les causes de cette baisse de la religiosité après 50 ans, si elle correspond à cette génération plus marquée par l’influence de la sécularisation occidentale ou si c’est l’âge qui entame la vigueur religieuse.

Sur ces différences, François Kraus conclut : « Ce qui frappe dans ces résultats, c’est surtout la constance du gradient générationnel : sur presque tous les indicateurs (religiosité, pratiques cultuelles, voile, refus de la mixité, rejet de la science, primauté de la loi religieuse, adhésion à l’islamisme), les jeunes musulmans se montrent systématiquement plus rigoristes et plus radicaux que leurs aînés. »

Un point de bascule historique, qui se lit sur plusieurs statistiques, se situe entre les années 2016 et 2019. Ainsi de la fréquentation de la mosquée chez les 15-25 ans : elle était de 51 % en 1989, progresse à 74 % en 2001, se maintient en plateau jusqu’à 2019, puis baisse à 64 % avant de bondir à 84 % en 2025. Idem pour le port du voile chez les filles de moins de 25 ans : il est de 16 % en 2003, double en 2016 et passe à 45 % en 2025. On retrouve le même phénomène, autour de 2016, avec la prière personnelle. Jusqu’en 2007, 40 % des musulmans prient au moins une fois individuellement chaque jour. Ils passent à 60 % en 2016.

De même, après avoir été stable sur plusieurs années, c’est à partir de 2016 que la pratique du jeûne chez les 15-25 ans, pour le ramadan, décolle, passant de 70 % à 82 %. Quant à la consommation d’alcool, elle est passée d’environ 30 % pour les moins de 25 ans, en 2011, à 12 % en 2025. L’arrivée d’une forte classe d’âge à l’adolescence à cette période pourrait expliquer ces regains de religiosité mais la séquence 2016-2019 correspond aussi à l’épopée Daech, qui a eu beaucoup d’impact en France.

L’Ifop assure enfin que 7 % des Français interrogés se déclarent musulmans quand 43 % se disent catholiques, 37,5 % sans religion, 4 % protestants ou évangéliques, 1 % juifs, 1 % orthodoxes, 1 % bouddhistes. Les musulmans composaient moins de 1 % de la population française il y a 40 ans, en 1985, alors que 83 % des Français se déclaraient catholiques. Cela ne confirme pas la perspective du « grand remplacement », estime l’institut, mais la tendance de fond pose avec une « acuité nouvelle la question de l’adhésion aux valeurs républicaines » des jeunes générations musulmanes. En effet, argumente l’Ifop, le mouvement dessiné par le sondage est « loin de s’atténuer », car il « est porté par une jeunesse de plus en plus désireuse de marquer son identité musulmane face à une société française perçue comme hostile ».

Note : ce sondage a été réalisé du 8 août au 2 septembre sur un échantillon de 1 005 personnes de religion musulmane (extrait d’un échantillon national représentatif de 14 244 personnes âgées de 15 ans et plus résidant en France métropolitaine).

Berkshire Hathaway

Des performances opérationnelles solides pour Berkshire Hathaway, une trésorerie toujours pléthorique

Les sociétés opérationnelles du conglomérat se portent bien. Ce dernier continue d’engranger des liquidités qui se situent à leur plus-haut historique. Le passage de témoin entre Warren Buffett et Greg Abel se fera comme prévu à la fin de l’année.

Et si Warren Buffett finissait une fois de plus par avoir raison… Depuis des mois, le conglomérat du célèbre homme d’affaires accumule les liquidités – elles s’élevaient à 381,6 milliards de dollars au 30 septembre – au motif d’un marché jugé trop cher, réduisant, selon lui, à la portion congrue les occasions d’investissement. Il a même cessé ses propres rachats d’actions, la valorisation du titre ayant dépassé sa valeur « intrinsèque » que le groupe définit lui-même. Or, les doutes sur une possible bulle sur les valeurs technologiques liées à l’intelligence artificielle, qui ont boosté les marchés au cours des derniers mois, se multiplient, et le spectre d’une correction boursière, qui épargnerait peu de valeurs, refait surface. La suite dira si « l’oracle d’Omaha » avait vu juste ou non.

En attendant, les résultats de ses sociétés opérationnelles se sont montrés solides au troisième trimestre avec un résultat d’exploitation de 13,5 milliards de dollars, contre 10 milliards un an plus tôt, portés surtout par l’excellente performance des activités d’assurance, le premier pôle contributeur aux résultats, pour un chiffre d’affaires de 95 milliards, en progression de 2,1 %. Sur les neuf premiers mois de l’exercice, les bénéfices opérationnels se sont établis à 34,3 milliards, en hausse de 4,2 %.

Plus de prime « Buffett »
Depuis l’annonce du départ de Warren Buffett de la direction opérationnelle du conglomérat au mois de mai, le titre est rentré dans le rang, oscillant autour du seuil de 470 à 480, à environ 1 % de son pic historique touché le 2 mai (542,07 dollars). La prime « Buffett » a notamment disparu. Mais il est vrai aussi que le titre se traitait sur des niveaux de valorisation élevés.

Le successeur de Warren Buffett, Greg Abel, qui connaît très bien la maison, possède les atouts pour assurer la continuité. Et les moyens. Le conglomérat a d’ailleurs acquis au mois d’octobre OxyChem, la filiale pétrochimique d’Occidental Petroleum, pour un montant de 9,7 milliards de dollars, sa plus importante acquisition depuis l’assureur Alleghany en 2022. Il démontre, une fois de plus, sa volonté de se développer à contre-courant des modes, n’hésitant pas à continuer à investir dans la « vieille économie ». Mais les marchés attendent surtout la prochaine « cible » cotée, qui viendra garnir le portefeuille de titres du conglomérat – les derniers mouvements seront connus dans quelques jours après la déclaration auprès du gendarme de la Bourse américaine – celui-là même dont l’évolution alimente les gazettes et entretient la légende.

Conseil :
Au regard du contexte incertain, il nous semble préférable de poursuivre nos allègements sur le titre. D’autant que le ratio cours/valeur comptable ressort encore à 1,4 fois pour 2026, ce qui le situe dans la borne haute historique.