La France hostile aux musulmans; vraiment ?

Dans une tribune publiée le 4 août dans le Guardian, Rokhaya Diallo tente pour la énième fois de montrer que la France serait hostile aux musulmans, considérés comme des ennemis de l’intérieur. Hélas pour elle, tous les exemples de «persécution» qu’elle dénonce sont liés aux islamistes. Elle fait donc un amalgame, on ne peut plus malsain. Un amalgame qui, au passage, met en danger les musulmans. Mais elle n’en a cure. La dénonciation mensongère de la France est devenue une rente de situation et une source de revenu. Pourquoi s’astreindre à un rapport aux faits et à la vérité quand reprendre les accusations des islamistes, comme leur terme «d’islamophobie», s’avère lucratif et donne du pouvoir ?

Nous vivons aujourd’hui une époque formidable : pour exister, il n’est plus besoin de faire quelque chose de sa vie, il suffit de se plaindre de ce que la vie nous a fait. La victimisation peut même devenir une activité lucrative quand on sait la vendre pour créer du ressentiment dans une communauté. Cela afin d’en attaquer une autre. C’est une des activités principales de ceux qui se disent racialistes, dont Rokhaya Diallo a tenté d’être la pasionaria. Mais le racialisme ne paie pas : cette essentialisation via la couleur de peau n’étant au fond que du racisme dans sa forme la plus primaire, il a fallu trouver autre chose pour mettre la France et à travers elle la civilisation occidentale et la démocratie en accusation. Or l’idéologie islamiste remplit parfaitement cet office : elle offre une victime absolue, le musulman ; elle désigne son bourreau, l’occidental et le juif et dans une idéologie de conquête, elle le transforme en cible à dominer ou à éliminer.

Pour cela, il y a une méthode très claire à appliquer et elle est très bien expliquée dans la doctrine des Frères musulmans. Il faut victimiser sa cible, car quand celle-ci se vit en victime, elle s’imagine en danger et agit en fonction. Assez rapidement, dans les quartiers sous domination islamiste, s’installe l’idée que celui qui n’est pas musulman est un ennemi potentiel. C’est là que la dialectique d’une Rokhaya Diallo joue tout son rôle dans une perspective islamiste de séparatisme. Elle est là pour alimenter l’idée que jamais les musulmans ne trouveront leur place en France et que les persécutions ne font que commencer.

Dans les actes antireligieux, les musulmans sont les moins attaqués alors qu’ils disposent de nombreux lieux de culte. Cela n’a pas changé. Pour donner un ordre d’idée : en 2024, 1.570 actes antisémites ont été recensés (les Juifs ne représentent que 0.6 % de la population), les actes antichrétiens sont autour de 1.000, et les actes antimusulmans, eux, étaient au nombre de 137. Mais pour Rokhaya Diallo, seuls les musulmans comptent.

Autre problème, Madame Diallo fait comme si les menaces qui planaient sur Charlie Hebdo  à l’époque n’étaient pas liées aux islamistes. C’est faux. Si Charlie est constamment menacé, c’est à cause de la publication des caricatures du prophète de l’islam. Nul ne l’ignore. On peut aussi parler du ton haineux et agressif de cette tribune. Alors que les journalistes de Charlie sont menacés de mort et confrontés à ce premier passage à l’acte, voilà ce que signe Rokhaya Diallo : «il n’y a pas lieu de s’apitoyer sur les journalistes de Charlie, les dégâts matériels seront pris en charge par leur assurance, le buzz médiatique et l’islamophobie ambiante assureront certainement à l’hebdomadaire, au moins ponctuellement, des ventes décuplées». La suite du texte explique que ce n’est pas Charlie qui est persécuté mais les musulmans et défend le port du voile avec véhémence. Le tout pour accuser au final Charlie «d’obsession islamophobe». À l’époque déjà, on savait que l’accusation d’islamophobie tuait, mais visiblement les signataires de cette tribune s’en moquaient. La tribune donnait de Charlie Hebdo l’image d’un journal raciste, ce qui à l’époque pouvait en faire une cible légitime. Or contrairement aux accusations d’obsessions islamophobes, une analyse des unes de l’hebdo faite par deux sociologues et publiée dans Le Monde du 23 février 2015 a montré que l’islamisme n’était pas une préoccupation majeure du journal : seules 7 % des Unes du journal concernaient la religion entre 2005 et 2015. Elles se réduisaient au nombre de 38 dont 7 ont visé l’islam et 21 le christianisme. Voilà pour les faits.

C’est donc à juste titre qu’après l’assassinat des journalistes de Charlie au nom de l’islam, des comptes soient demandés à tous ceux qui avaient excité la meute contre eux, dont Rokhaya Diallo n’était pas la moindre. Pascal Bruckner avait alors interrogé les liens de Rokhaya Diallo avec l’islam politique. De fait, les décoloniaux, dont elle se réclame, reprennent la plupart des éléments de langage des islamistes et leur vision du monde. Ils agissent, manifestent, pétitionnent ensemble.

Après avoir essayé de se débarrasser de toute responsabilité concernant ses engagements, Rokhaya Diallo revient longuement sur son procès perdu contre Pascal Bruckner. Bien sûr, elle explique que c’est parce qu’elle est une femme musulmane que ce procès a été dénoncé comme participant au djihad judiciaire financé ou organisé par les islamistes contre les défenseurs de la liberté d’expression. Là encore, la manipulation est patente. Ce terme de djihad judiciaire a été forgé au vu des procès que subissaient nombre de lanceurs d’alerte qui luttaient contre l’islamisme. Mohamed Louizi, ancien frère musulman et auteur d’un livre dénonçant la confrérie l’a subi et je l’ai subi aussi. Qui m’a attaqué ? Lallab, une association proche des frères musulmans et Rokhaya Diallo. Elle a perdu, comme face à Pascal Bruckner. Or la phrase qu’elle avait attaquée en justice disait que si Rokhaya Diallo n’avait pas été jugée digne d’intégrer le conseil national du numérique, c’était «à cause de son propre racisme, de son sexisme et de sa proximité avec la mouvance islamiste». On comprend qu’elle n’ait pas envie de s’en vanter.

Rokhaya Diallo cite également à l’appui du rejet des musulmans l’exemple de Karim Benzema. Celui-ci, parce qu’il aurait pris la parole en faveur de Gaza, aurait été violemment et injustement critiqué par Gérald Darmanin. Comprendre : dès qu’on défend Gaza, on est accusé d’être islamiste. Or les faits ne sont pas exacts une fois encore. À l’époque, Karim Benzema n’a manifesté aucune compassion pour les massacres du 7 octobre. Il ne prendra position qu’une semaine après et uniquement pour parler «des bombardements injustes» menés par Israël. Alors qu’un crime contre l’humanité vient d’être commis, une telle attitude peut interroger sur les sympathies idéologiques du joueur.

Rokhaya Diallo termine sa diatribe sur le rapport du ministère de l’Intérieur concernant l’entrisme islamiste. Rapport qu’au demeurant les spécialistes de ces questions ont trouvé plutôt timide. En attendant, ce rapport fait une distinction claire entre islamistes et musulmans même si, contrairement à Mme Diallo, il affronte le réel. En effet toute la démonstration de la chroniqueuse du Guardian vise à expliquer que les musulmans sont des victimes et que l’accusation de sécessionnisme est infâme. Or cette question se pose réellement et cette dimension apparaît et se renforce dans les sondages. Ceux-ci montrent clairement qu’une partie des musulmans est sous la coupe des islamistes et refuse la société occidentale. Pour le plus grand malheur de ceux qui ont trouvé leur place en France. Or Rokhaya Diallo fait clairement partie des premiers et non des seconds.

Nous disposons de chiffres pour mesurer la réalité et l’importance de l’emprise islamiste et ces chiffres montrent un décalage important et significatif avec le reste de la population mais aussi avec les autres croyants. En 2020 :

  • 46 % des musulmans interrogés estimaient que leurs convictions religieuses étaient plus importantes que les lois de la république (17 % dans la population générale). À noter que chez les moins de 25 ans, le taux monte à 74 %.
  • 57 % des jeunes musulmans se déclaraient pour l’application de la charia en France.
  • 63 % des personnes de confession musulmane qualifient l’homosexualité de perversion ou de maladie ; c’est le cas de moins de 15 % de la population générale et de 20 % des catholiques.
  • Seulement 43 % des musulmans pensent que la Shoah est un crime monstrueux ; pour la population générale on monte à 75 %.
  • Le rapport au sexisme interroge aussi : Alors que plus de 70 % de la population est opposée au port du voile et le rejette pour le refus de l’égalité hommes/femmes qu’il symbolise, 65 % des musulmans soutiennent le voilement. L’accusation de séparatisme ne repose pas sur rien et témoigne de la profondeur de l’influence islamiste. Le taire, c’est abandonner ceux des musulmans qui au contraire montrent qu’un autre chemin que l’islamisation est possible.

Rokhaya Diallo prouve dans cet article que la victimisation éhontée se fait souvent au détriment du réel. Si elle perd ses procès, c’est parce que l’argumentation de ses adversaires porte. Mais surtout, enfant gâté du système, elle demande une compassion sans limite alors qu’elle vit de fausse victimisation. À une autre époque, ceux qui avaient la chance d’être bien servis par la vie, d’être soutenus financièrement et d’accéder à une petite notoriété avaient la dignité de ne pas se rouler par terre à la moindre contrariété. Les jalousies et petites mesquineries étaient appelées «rançon de la gloire» et on avançait sans exiger d’être escorté d’une cohorte de pleureuses. Au lieu de jouer les victimes, Rokhaya Diallo devrait essayer de se confronter aux réalités car c’est l’ampleur de l’emprise islamiste qui mène au rejet des musulmans et elle est un des vecteurs de cette influence.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *