L’actualité économique est souvent traitée sous l’angle des chiffres : taux d’intérêt, croissance du PIB, bénéfices des entreprises. Pourtant, au cœur de chaque transaction financière, il y a une variable bien plus volatile et difficile à modéliser : l’être humain. En cette fin d’année 2025, alors que les Bourses mondiales s’enthousiasment pour les résultats spectaculaires de géants de la tech comme Nvidia ou que le CAC 40 semble ignorer certaines incertitudes, un piège psychologique menace silencieusement l’épargnant et le jeune professionnel : le Biais de Récence.
Le biais de récence : quand le passé proche occulte l’avenir lointain
Le Biais de Récence est un concept fondamental de la finance comportementale. Il décrit la tendance naturelle de notre cerveau à accorder une importance disproportionnée aux événements les plus récents lors de la prise de décision, tout en minimisant ou en ignorant les données historiques ou les tendances à long terme. Aujourd’hui, l’actualité financière récente est dominée par des performances exceptionnelles. Un indice a grimpé de 5 % ce mois-ci, une action a doublé de valeur en six mois, ou une cryptomonnaie a explosé après une annonce. Pour l’investisseur moyen, cette vague d’informations positives et proches a un effet pervers : elle crée une illusion de continuité. On se dit inconsciemment que la tendance actuelle est la seule qui compte et qu’elle va se poursuivre indéfiniment.
Ce mécanisme psychologique est le moteur direct de deux erreurs fondamentales qui coûtent cher aux investisseurs. La première, c’est l’acte d’acheter au plus haut. Poussé par la Fear Of Missing Out (FOMO), l’investisseur se lance dans l’achat après une forte hausse, craignant de rater le « train » de la richesse, ignorant que le titre est peut-être déjà surévalué. La seconde erreur, tout aussi coûteuse, est de vendre au plus bas. Après une correction brutale, la récence du choc émotionnel (la perte) prend le dessus, menant à la panique et à la liquidation des actifs à prix cassés, brisant ainsi la stratégie de long terme. Ce biais empêche de maintenir la discipline, essentielle à la réussite dans l’investissement.
Les outils nécéssaires
Désormais, les programmes de formation en finance intègrent de plus en plus la psychologie des marchés. Les professionnels sont entraînés à formaliser un plan écrit, c’est-à-dire définir des règles d’investissement claires (objectifs, seuils de prise de bénéfices, limites de pertes) avant d’entrer sur le marché. Ce plan agit comme un garde-fou rationnel contre les décisions prises sous le coup de l’émotion récente. De plus, ils analysent l’historique complet en utilisant des données sur plusieurs cycles économiques, incluant les krachs et les récessions, afin de contextualiser la performance actuelle. Enfin, ils mettent en place des « buffers » ou temps de pause avant toute décision majeure pour laisser retomber l’émotion générée par une actualité forte.