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Pour la Chine, la France apparaît aujourd’hui comme un pays “has been” »

ENTRETIEN - Emmanuel Macron aborde sa visite en Chine, du 3 au 5 décembre 2025, sans aucune illusion sur sa capacité à faire fléchir Xi Jinping sur le plan économique, analyse le sinologue. Notre pays, seul, n’a en effet plus les moyens d’imposer un rapport de force avec Pékin, ajoute-t-il.
Emmanuel Lincot est professeur à l’Institut catholique de Paris et directeur de recherche à l’Iris.

Face à l’offensive chinoise sur les véhicules électriques et plus largement sur les technologies stratégiques, Emmanuel Macron va-t-il, lors de ce déplacement à Pékin et Chengdu, sonner le tocsin d’un réarmement commercial ?

Il y a une volonté de Bruxelles de mieux s’armer juridiquement face aux mesures de rétorsion chinoises, par exemple sur l’approvisionnement en terres rares. Mais les Chinois sont aujourd’hui en position de force dans presque tous les domaines. Une réponse globale et uniforme est vouée à l’échec, tant les rapports de force sont asymétriques. Il faut donc procéder au cas par cas et constituer des coalitions d’États membres par secteur.

Dans l’automobile, par exemple, la France et l’Allemagne ne partagent absolument pas la même optique. En revanche, sur l’intelligence artificielle ou d’autres technologies émergentes, une position commune pourrait émerger et servir de levier face à Pékin.

Peut-on imaginer une fermeture à terme du marché européen à la Chine, via des droits de douane massifs, par exemple ?

Je vois difficilement comment cela pourrait se produire. Les interdépendances sont trop fortes. Sans une stratégie européenne crédible d’approvisionnement alternatif en métaux critiques, et nous sommes très en retard, toute mesure protectionniste brutale serait contre-productive. Rappelons que la France était il y a trente ans quasiment en situation de monopole mondial sur le raffinage des terres rares. Nous avons fermé ces filières au nom de l’écologie et de la délocalisation… au profit de la Chine. Redémarrer aujourd’hui est extrêmement compliqué.

Emmanuel Macron ne se fait guère d’illusions sur ce voyage, qui s’inscrit dans la continuité de l’esprit de concorde, de la reconnaissance par de Gaulle en 1964 de la République populaire de Chine, et rend la politesse après la visite de Xi Jinping à Paris l’an dernier. À l’issue de cette visite, des contrats seront signés (dans l’agroalimentaire et peut-être l’aéronautique) et, dans le contexte de nos 3 000 milliards de dette publique, ce n’est pas négligeable. On pourrait aussi espérer obtenir enfin une réciprocité sur les transferts de technologie : après quarante ans où la Chine a largement bénéficié des nôtres, un juste retournement serait bienvenu. Mais les Chinois, en position de force, n’ont aucune raison objective de le faire.

La France a-t-elle les moyens d’infléchir la position chinoise et d’obtenir des garanties économiques ?

L’Europe est coincée entre l’« America First » et l’axe Pékin-Moscou. Seule, la France n’a aucun moyen d’infléchir la position chinoise. Il faudrait constituer des coalitions, y compris avec des partenaires extraeuropéens comme le Japon ou la Corée du Sud, notamment sur les questions de droit maritime en mer de Chine. Cela permettrait d’exercer une forme de coercition, pas par la force, nous n’en avons pas les moyens, mais diplomatique et économique, pour rappeler à Pékin que nous ne sommes pas totalement isolés.

Les défenseurs du libre-échange pur vous objecteront que cette logique va à l’encontre de l’ADN même de l’Union européenne…

On pouvait tenir ce discours dans un monde d’herbivores. Nous sommes aujourd’hui dans un monde de carnivores. Les circuits se ferment partout. Si nous ne nous protégeons pas, nous sommes condamnés. Le monde ouvert d’hier n’existe plus.

Aujourd’hui, nous nous faisons « laminer » parce que nous n’osons ni lever le ton ni investir massivement les moyens de notre politique. Emmanuel Macron entreprend ce voyage, qui sera sans doute le dernier pour lui en tant que chef d’État français en Chine, sans aucune illusion. Protocolairement, déjà, Xi Jinping n’avait consacré que deux jours à Paris l’an dernier, contre trois dans les Balkans (Serbie et Hongrie). Cela en dit long sur sa vision de notre pays. L’arme nucléaire, le siège permanent au Conseil de sécurité, le souvenir du général de Gaulle… Tout cela ne pèse plus très lourd face à une Chine qui impose ses normes et ses standards.

Paradoxalement, notre moindre industrialisation nous protège un peu. Nous échangeons moins avec la Chine que l’Allemagne, donc nous souffrons moins. Mais c’est une maigre consolation qui masque surtout quarante ou cinquante ans de démission.

Pendant ce temps, la Chine continue de livrer les pièces de drones à Moscou. Macron peut-il obtenir quelque chose sur le dossier ukrainien ?

Non. Cela fait trois ans qu’il croit pouvoir convaincre Xi Jinping grâce à une « relation spéciale », comme il l’a cru avec Poutine. C’est, à mon sens, une illusion psychologique. Xi Jinping comme Poutine sont des produits du stalinisme, de la même génération (nés respectivement en 1953 et en 1952, NDLR), nourris d’une haine viscérale de l’Occident. Ils ne comprennent que le rapport de force. Leur logiciel est le même.

La seule chose qu’on ait obtenue, il y a un an et demi, c’est le refus de recourir au nucléaire. D’accord, mais cela ne mettra pas fin au conflit. Ma lecture est plus cynique : Pékin a besoin de cette guerre. Elle fixe les Américains en Europe, éloigne la menace sur Taïwan, vassalise un peu plus la Russie vis-à-vis de Pékin et affaiblit l’Union européenne. Tout lui bénéficie. Il y a fort à parier que Xi Jinping écoutera poliment Macron, promettra de « réfléchir », mais rien en changera.

In fine, la Chine est-elle devenue le révélateur de notre déclassement ?

Exactement. Elle a toujours été un miroir pour l’Europe : fascination jésuite au XVIIIe siècle, fascination conservatrice aujourd’hui. Il y a quarante ans, c’était un pays misérable. Depuis, les Chinois ont travaillé, innové. On pourra arguer qu’ils ont été prédateurs, ont pillé des secrets industriels, c’est vrai. Mais ils ont surtout travaillé et innové. Ils ne proposent plus seulement de la copie, c’est fini. Désormais, nous avons affaire à une Chine qui invente, qui impose ses propres normes. Nous, pendant ce temps, vivions dans l’autosatisfaction en nous répétant : « Nous avons le plus beau pays du monde » (ce qui est vrai sur bien des plans), mais nous refusions de voir ce qui se préparait.

Pour Pékin, la France apparaît aujourd’hui comme un pays « has been », même si la Chine ne communiquera jamais officiellement de cette manière. En apparence, elle convoque les grandes mythologies franco-chinoises, de Gaulle, mais la réalité est qu’on l’intéresse de moins en moins. Notre expertise est encore reconnue en aéronautique, mais globalement l’empire du Milieu nous perçoit comme une nation archaïque, bordélique, inefficace politiquement et médiocre économiquement.

La France hostile aux musulmans; vraiment ?

Dans une tribune publiée le 4 août dans le Guardian, Rokhaya Diallo tente pour la énième fois de montrer que la France serait hostile aux musulmans, considérés comme des ennemis de l’intérieur. Hélas pour elle, tous les exemples de «persécution» qu’elle dénonce sont liés aux islamistes. Elle fait donc un amalgame, on ne peut plus malsain. Un amalgame qui, au passage, met en danger les musulmans. Mais elle n’en a cure. La dénonciation mensongère de la France est devenue une rente de situation et une source de revenu. Pourquoi s’astreindre à un rapport aux faits et à la vérité quand reprendre les accusations des islamistes, comme leur terme «d’islamophobie», s’avère lucratif et donne du pouvoir ?

Nous vivons aujourd’hui une époque formidable : pour exister, il n’est plus besoin de faire quelque chose de sa vie, il suffit de se plaindre de ce que la vie nous a fait. La victimisation peut même devenir une activité lucrative quand on sait la vendre pour créer du ressentiment dans une communauté. Cela afin d’en attaquer une autre. C’est une des activités principales de ceux qui se disent racialistes, dont Rokhaya Diallo a tenté d’être la pasionaria. Mais le racialisme ne paie pas : cette essentialisation via la couleur de peau n’étant au fond que du racisme dans sa forme la plus primaire, il a fallu trouver autre chose pour mettre la France et à travers elle la civilisation occidentale et la démocratie en accusation. Or l’idéologie islamiste remplit parfaitement cet office : elle offre une victime absolue, le musulman ; elle désigne son bourreau, l’occidental et le juif et dans une idéologie de conquête, elle le transforme en cible à dominer ou à éliminer.

Pour cela, il y a une méthode très claire à appliquer et elle est très bien expliquée dans la doctrine des Frères musulmans. Il faut victimiser sa cible, car quand celle-ci se vit en victime, elle s’imagine en danger et agit en fonction. Assez rapidement, dans les quartiers sous domination islamiste, s’installe l’idée que celui qui n’est pas musulman est un ennemi potentiel. C’est là que la dialectique d’une Rokhaya Diallo joue tout son rôle dans une perspective islamiste de séparatisme. Elle est là pour alimenter l’idée que jamais les musulmans ne trouveront leur place en France et que les persécutions ne font que commencer.

Dans les actes antireligieux, les musulmans sont les moins attaqués alors qu’ils disposent de nombreux lieux de culte. Cela n’a pas changé. Pour donner un ordre d’idée : en 2024, 1.570 actes antisémites ont été recensés (les Juifs ne représentent que 0.6 % de la population), les actes antichrétiens sont autour de 1.000, et les actes antimusulmans, eux, étaient au nombre de 137. Mais pour Rokhaya Diallo, seuls les musulmans comptent.

Autre problème, Madame Diallo fait comme si les menaces qui planaient sur Charlie Hebdo  à l’époque n’étaient pas liées aux islamistes. C’est faux. Si Charlie est constamment menacé, c’est à cause de la publication des caricatures du prophète de l’islam. Nul ne l’ignore. On peut aussi parler du ton haineux et agressif de cette tribune. Alors que les journalistes de Charlie sont menacés de mort et confrontés à ce premier passage à l’acte, voilà ce que signe Rokhaya Diallo : «il n’y a pas lieu de s’apitoyer sur les journalistes de Charlie, les dégâts matériels seront pris en charge par leur assurance, le buzz médiatique et l’islamophobie ambiante assureront certainement à l’hebdomadaire, au moins ponctuellement, des ventes décuplées». La suite du texte explique que ce n’est pas Charlie qui est persécuté mais les musulmans et défend le port du voile avec véhémence. Le tout pour accuser au final Charlie «d’obsession islamophobe». À l’époque déjà, on savait que l’accusation d’islamophobie tuait, mais visiblement les signataires de cette tribune s’en moquaient. La tribune donnait de Charlie Hebdo l’image d’un journal raciste, ce qui à l’époque pouvait en faire une cible légitime. Or contrairement aux accusations d’obsessions islamophobes, une analyse des unes de l’hebdo faite par deux sociologues et publiée dans Le Monde du 23 février 2015 a montré que l’islamisme n’était pas une préoccupation majeure du journal : seules 7 % des Unes du journal concernaient la religion entre 2005 et 2015. Elles se réduisaient au nombre de 38 dont 7 ont visé l’islam et 21 le christianisme. Voilà pour les faits.

C’est donc à juste titre qu’après l’assassinat des journalistes de Charlie au nom de l’islam, des comptes soient demandés à tous ceux qui avaient excité la meute contre eux, dont Rokhaya Diallo n’était pas la moindre. Pascal Bruckner avait alors interrogé les liens de Rokhaya Diallo avec l’islam politique. De fait, les décoloniaux, dont elle se réclame, reprennent la plupart des éléments de langage des islamistes et leur vision du monde. Ils agissent, manifestent, pétitionnent ensemble.

Après avoir essayé de se débarrasser de toute responsabilité concernant ses engagements, Rokhaya Diallo revient longuement sur son procès perdu contre Pascal Bruckner. Bien sûr, elle explique que c’est parce qu’elle est une femme musulmane que ce procès a été dénoncé comme participant au djihad judiciaire financé ou organisé par les islamistes contre les défenseurs de la liberté d’expression. Là encore, la manipulation est patente. Ce terme de djihad judiciaire a été forgé au vu des procès que subissaient nombre de lanceurs d’alerte qui luttaient contre l’islamisme. Mohamed Louizi, ancien frère musulman et auteur d’un livre dénonçant la confrérie l’a subi et je l’ai subi aussi. Qui m’a attaqué ? Lallab, une association proche des frères musulmans et Rokhaya Diallo. Elle a perdu, comme face à Pascal Bruckner. Or la phrase qu’elle avait attaquée en justice disait que si Rokhaya Diallo n’avait pas été jugée digne d’intégrer le conseil national du numérique, c’était «à cause de son propre racisme, de son sexisme et de sa proximité avec la mouvance islamiste». On comprend qu’elle n’ait pas envie de s’en vanter.

Rokhaya Diallo cite également à l’appui du rejet des musulmans l’exemple de Karim Benzema. Celui-ci, parce qu’il aurait pris la parole en faveur de Gaza, aurait été violemment et injustement critiqué par Gérald Darmanin. Comprendre : dès qu’on défend Gaza, on est accusé d’être islamiste. Or les faits ne sont pas exacts une fois encore. À l’époque, Karim Benzema n’a manifesté aucune compassion pour les massacres du 7 octobre. Il ne prendra position qu’une semaine après et uniquement pour parler «des bombardements injustes» menés par Israël. Alors qu’un crime contre l’humanité vient d’être commis, une telle attitude peut interroger sur les sympathies idéologiques du joueur.

Rokhaya Diallo termine sa diatribe sur le rapport du ministère de l’Intérieur concernant l’entrisme islamiste. Rapport qu’au demeurant les spécialistes de ces questions ont trouvé plutôt timide. En attendant, ce rapport fait une distinction claire entre islamistes et musulmans même si, contrairement à Mme Diallo, il affronte le réel. En effet toute la démonstration de la chroniqueuse du Guardian vise à expliquer que les musulmans sont des victimes et que l’accusation de sécessionnisme est infâme. Or cette question se pose réellement et cette dimension apparaît et se renforce dans les sondages. Ceux-ci montrent clairement qu’une partie des musulmans est sous la coupe des islamistes et refuse la société occidentale. Pour le plus grand malheur de ceux qui ont trouvé leur place en France. Or Rokhaya Diallo fait clairement partie des premiers et non des seconds.

Nous disposons de chiffres pour mesurer la réalité et l’importance de l’emprise islamiste et ces chiffres montrent un décalage important et significatif avec le reste de la population mais aussi avec les autres croyants. En 2020 :

  • 46 % des musulmans interrogés estimaient que leurs convictions religieuses étaient plus importantes que les lois de la république (17 % dans la population générale). À noter que chez les moins de 25 ans, le taux monte à 74 %.
  • 57 % des jeunes musulmans se déclaraient pour l’application de la charia en France.
  • 63 % des personnes de confession musulmane qualifient l’homosexualité de perversion ou de maladie ; c’est le cas de moins de 15 % de la population générale et de 20 % des catholiques.
  • Seulement 43 % des musulmans pensent que la Shoah est un crime monstrueux ; pour la population générale on monte à 75 %.
  • Le rapport au sexisme interroge aussi : Alors que plus de 70 % de la population est opposée au port du voile et le rejette pour le refus de l’égalité hommes/femmes qu’il symbolise, 65 % des musulmans soutiennent le voilement. L’accusation de séparatisme ne repose pas sur rien et témoigne de la profondeur de l’influence islamiste. Le taire, c’est abandonner ceux des musulmans qui au contraire montrent qu’un autre chemin que l’islamisation est possible.

Rokhaya Diallo prouve dans cet article que la victimisation éhontée se fait souvent au détriment du réel. Si elle perd ses procès, c’est parce que l’argumentation de ses adversaires porte. Mais surtout, enfant gâté du système, elle demande une compassion sans limite alors qu’elle vit de fausse victimisation. À une autre époque, ceux qui avaient la chance d’être bien servis par la vie, d’être soutenus financièrement et d’accéder à une petite notoriété avaient la dignité de ne pas se rouler par terre à la moindre contrariété. Les jalousies et petites mesquineries étaient appelées «rançon de la gloire» et on avançait sans exiger d’être escorté d’une cohorte de pleureuses. Au lieu de jouer les victimes, Rokhaya Diallo devrait essayer de se confronter aux réalités car c’est l’ampleur de l’emprise islamiste qui mène au rejet des musulmans et elle est un des vecteurs de cette influence.

Le Conseil constitutionnel, du grand législateur au grand usurpateur

Le Conseil constitutionnel a retoqué ce jeudi une loi qui prolongeait de 90 à 210 jours la durée de rétention des étrangers jugés dangereux. Un nouveau signe de la prise du pouvoir des juges contre la démocratie.

La formule de « gouvernement des juges« , décrétée usée et manquant de finesse désigne pourtant très exactement le transfert de souveraineté dont nous avons été témoins en Occident, en l’espace de quelques décennies, et qui se radicalise aujourd’hui, comme on le voit avec la toute récente décision du Conseil constitutionnel, qui a décidé de censurer une loi adoptée par l’Assemblée nationale, qui prolongeait de 90 à 210 jours la durée de rétention des étrangers jugés dangereux.

Le Conseil constitutionnel ne la juge pas nécessaire, et même abusive, et se permet donc de la retoquer, en renvoyant les parlementaires à leur devoir, à la manière d’un superviseur insatisfait de ses subordonnés. L’insécurité liée à l’immigration a beau s’être imposée comme une question existentielle, elle est considérée avec mépris et dédain par ceux qui aiment qu’on les appelle les sages, et qui font surtout écho à ce qu’on appelait autrefois le despotisme éclairé – même si les lumières sont ici manifestement absentes. Les députés ont débattu et voté, les sénateurs aussi, mais le Conseil constitutionnel, comme il en a pris l’habitude, juge et défait, à partir d’une interprétation si exagérément créatrice du droit qu’elle lui permet en fait de prendre le rôle du grand législateur.

Plus que jamais, ces dernières années, le Conseil constitutionnel a trouvé ainsi le moyen de se prononcer, par des chemins de moins en moins détournés, sur le contenu des lois, selon ses préférences idéologiques. Ce contrôle normatif, qui fixe le contenu d’une politique en interdisant certaines orientations, ce qui revient à en prescrire d’autres, se réclame aujourd’hui de l’État de droit, un terme qui n’a plus rien à voir avec le souci traditionnel d’un encadrement constitutionnel de la vie démocratique, pour contenir la tentation de l’arbitraire qui toujours peut travailler le pouvoir. Plus encore, l’arbitraire est aujourd’hui du côté de l’État de droit qui se laisse aller au caprice idéologique du prince qu’il est devenu.

La souveraineté parlementaire comme la souveraineté populaire sont aujourd’hui disqualifiées, vidées de leur substance. La souveraineté parlementaire, on l’a vu, car les lois votées par l’Assemblées ne sont tolérées que si elles sont conformes à l’idéologie du Conseil constitutionnel. Cela dépasse la question de l’idéologie diversitaire, comme on l’a vu avec la censure d’une partie importante de la loi Duplomb, cette fois au nom de la Charte de l’environnement, ce qui rappelle comment les chartes qui s’accumulent sur tous les sujets créent une source nouvelle de droit au service des juges qui peuvent alors manipuler les textes à loisir, pour y trouver la conclusion qu’ils souhaitent imposer au corps politique.

La souveraineté populaire, on ne l’oubliera pas, car les représentants du Conseil constitutionnel ont souvent expliqué ces dernières années qu’ils entendaient resserrer les conditions entourant la tenue d’un référendum, comme s’il fallait à tout prix corseter les conditions d’expression de la souveraineté populaire. Leur refus obstiné d’ouvrir la porte à un référendum sur l’immigration, sous le fallacieux et délirant prétexte que cette question n’aurait rien à voir avec les enjeux socio-économiques, nous montre en fait que la classe dirigeante utilise désormais le droit pour mater ce qu’elle perçoit comme une rébellion populaire.

Dans ce contexte, le politique, expulsé de son domaine, qui est le gouvernement de la chose publique, est renvoyé à la fonction tribunicienne. Les juges ont le pouvoir, le politique, lui, n’est plus qu’un contre-pouvoir. Mais lorsqu’un régime se montre non seulement étranger, mais hostile aux préférences populaires durablement relayées, il s’assèche, et risque de perdre toute légitimité. Il n’exerce plus qu’un rapport de force à l’endroit du peuple, ou du moins, des composantes de la population, de plus en plus nombreuses, qui se jugent impuissantes dans un système fondé sur la censure de la démocratie. Et plus le régime est cadenassé, plus la tentation sera forte de le confronter. À l’échelle de l’histoire, ce ne serait pas neuf.

D’autant que la tenue d’un référendum sur les institutions, si elle s’imposait un jour au-delà des interdictions décrétées par les sages, peut se parer du plus important précédent qui soit, associé au fondateur de la Ve République. L’État de droit n’est plus que le masque institutionnel et juridique d’une caste résolue à conserver le pouvoir à tout prix. Chose certaine, le Conseil constitutionnel, en jouant au grand législateur, prend surtout les traits, pour le commun des mortels, du grand usurpateur.

Le gros problème chinois de l’Europe

Alors que tous se tournent vers l’Ouest dans l’attente des tarifs trumpiens, un autre danger menace à l’Est. Les exportations européennes vers la Chine ont tendance à reculer depuis deux ans et demi et les importations augmentent, creusant le déficit commercial bilatéral. La compétitivité de l’industrie chinoise pose désormais une question existentielle pour des secteurs entiers en Europe, alerte Guillaume de Calignon.

Le 25e sommet entre la Chine et l’UE s’est d’ailleurs déroulé cette semaine dans un climat de tensions, entre les dirigeants européens et chinois. Si les deux blocs ont signé une déclaration commune sur le climat et se sont mis d’accord sur un nouveau mécanisme sur les terres rares, Bruxelles n’a pas obtenu de réponse sur les 300 milliards d’euros de déficit commercial de l’UE envers la Chine.

Les Échos

juillet 2025