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En France, la tentation islamiste gagne du terrain dans la jeune génération musulmane

Selon une étude de l’Ifop, menée de 1989 à aujourd’hui, les musulmans de 15 à 24 ans, contrairement à leurs aînés, sont très nettement attirés par les formes les plus rigoristes de leur religion, préférant la charia aux lois républicaines.

L’art du sondage en matière religieuse est délicat. Les croyants ne livrent pas forcément aux sondeurs ce qu’ils ont de plus intime. Mais les résultats sont parfois sans appel. Ainsi du sondage de l’Ifop pour la revue Écran de veille, publié ce mardi 18 novembre, qui tend à démontrer que la pratique stricte de l’islam et la sympathie pour sa forme radicale ont gagné près de la moitié de la jeune génération musulmane depuis 1989.

François Kraus, directeur du pôle politique et actualité de cet institut de sondage, analyse : « Cette enquête dessine très nettement le portrait d’une population musulmane traversée par un processus de réislamisation, structurée autour de normes religieuses rigoristes et tentée de plus en plus par un projet politique islamiste. » Il insiste sur le comportement notable « des plus jeunes musulmans », pour qui cette « forte réaffirmation identitaire » s’exprime en trois points : « L’intensification des pratiques cultuelles, la rigidification des rapports de genre, l’adhésion croissante aux thèses islamistes. »

Quelques chiffres significatifs appuient son propos : en 36 ans, la fréquentation de la mosquée par les moins de 25 ans est passée de 7 % à 40 %. Dans cette classe d’âge, le respect strict du ramadan a bondi, grimpant de 51 % à 83 %. Quant au port du voile, il a progressé de 16 % à 45 % chez les filles de cette génération, soit trois fois plus qu’en 2003, une année de fortes polémiques sur le sujet.

L’étude constate non seulement cette progression des règles religieuses chez les jeunes musulmans, mais elle observe aussi chez eux la diffusion d’une culture de la radicalité : 42 % éprouvent de la sympathie pour l’islamisme quand 33 % de l’ensemble des musulmans voient les radicaux d’un bon œil. En 1998, la proportion de cette bienveillance pour les intégristes était de 19 %, tous âges confondus.

Autre marqueur observé ces dernières années via des faits de société à répétition, le rejet de la mixité. 45 % des hommes de moins de 35 ans et 57 % des femmes du même âge refusent au moins une forme de contact, comme celui de serrer la main, de se faire soigner par une personne de l’autre sexe, de fréquenter une piscine mixte. Un jeune musulman de moins de 25 ans sur deux (47 %) refuserait par exemple de faire la bise à une personne de l’autre sexe.

Cette tendance au rigorisme touche également le respect des lois françaises : 57 % des 15-24 ans interrogés pensent que les lois de la République passent après les règles de l’islam, la législation française étant « moins importante » que la charia. Alors que 49 % des musulmans, tous âges confondus, choisiraient le respect des lois françaises (contre 62 % en 1995). Une évolution encore plus visible dans le champ scientifique. Si 65 % des musulmans pensent que la religion surpasse la science sur la question de la création du monde (19 % en moyenne chez l’ensemble des Français), ils sont 82 % de jeunes à le penser.

Autre élément notable de ce nouveau sondage, l’analyse détaillée de l’attirance des musulmans pour les différentes sensibilités de l’islamisme. L’enquête retient six mouvements, mais ce sont les Frères musulmans qui recueillent le plus de soutien, avec un quart chez les musulmans dans leur ensemble et un tiers chez les moins de 25 ans. En France, ce mouvement – fondé en Égypte en 1928, notamment en réaction à « l’emprise laïque occidentale » – a longtemps été incarné par l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), débaptisée en 2017 pour s’appeler Musulmans de France. Cette mouvance est fortement investie dans la formation des imams et la création de collèges et de lycées. Elle prône un islam très orthodoxe, et sait s’insérer dans les sociétés occidentales en respectant ses lois tout en ne faisant aucun compromis sur la religion. Un mouvement qui a ardemment défendu le voile lorsque les débats sur son port faisaient rage.

Le capital « sympathie » pour les autres mouvances rigoristes s’exprime ainsi : le salafisme (9 %), qui revendique une approche intégriste, le wahhabisme (8 %), incarné par l’Arabie saoudite, le tabligh (8 %), très rigoriste, d’origine indienne, le takfir (8 %), qui considère tout non-musulman comme un apostat à cibler, le djihadisme (3 %), qui légitime la violence armée pour gagner le pouvoir. Ce dernier recueille 52 % d’opinion hostile de la part des musulmans (24 % sont indifférents, 13 % disent ne pas le connaître et 8 % ne se prononcent pas). Le salafisme est rejeté à 28 % et les Frères musulmans à 24 %.

Globalement, 38 % des musulmans partagent tout ou partie de ces mouvances islamistes, ils n’étaient que 19 % à les soutenir en 1998. Quant aux jeunes de moins de 25 ans, c’est l’un des chocs de l’étude : ils sont 42 % à ressentir de la bienveillance pour les islamistes, alors qu’ils étaient 29 % en 1998. Même chose chez les 25-34 ans, qui passent de 22 % en 1998 à 43 % en 2025, selon l’Ifop.

Dans son commentaire, l’institut de sondage juge « préoccupante » cette « progression de l’adhésion aux thèses islamistes », parce qu’elle est « loin des discours convenus sur une sécularisation qui serait à l’œuvre chez les musulmans français » et que le résultat de l’enquête « dépasse même les estimations les plus pessimistes ».

La fascination de cette jeunesse pour le radicalisme confirme au passage son désintérêt pour les grandes fédérations musulmanes qui représentent officiellement l’islam de France et qui tentent de combattre, de l’intérieur, ces tendances intégristes.

En s’appuyant sur ce panorama, François Kraus émet cette hypothèse pour le futur : « Loin de s’atténuer avec le temps, le processus de réislamisation et de radicalisation va au contraire s’amplifier au fil du renouvellement des générations. » Il pourrait d’ailleurs être irréversible : « L’enquête suggère que, à ce stade, rien ne semble enrayer ce processus. Au contraire, tous les indicateurs convergent vers un renforcement de ces tendances dans les années à venir. »

D’autant que seulement 12 % des musulmans âgés de 15 à 24 ans souhaitent, en 2025, que « l’islam se modernise ». Cette question de l’adaptation de l’islam, posée à cette même tranche d’âge en 1998, recueillait pourtant l’assentiment de 41 % des jeunes. Cette proportion favorable à une réforme a donc été presque divisée par quatre. Et par deux pour l’ensemble des musulmans : 48 % souhaitaient une réforme en 1998, ils ne sont plus que 21 % aujourd’hui.

Cette analyse sans appel est toutefois pondérée par deux observations mises en évidence dans l’étude. D’une part, cette exigence religieuse des jeunes générations est aussi constatée depuis une dizaine d’années dans toutes les religions, même si c’est dans l’islam qu’elle se montre la plus spectaculaire. Aussi l’Église catholique de France s’est-elle étonnée au printemps dernier de constater une résurgence de la pratique ascétique du carême chez les jeunes. Beaucoup reconnaissaient d’ailleurs avoir été comme « provoqués » dans leur foi chrétienne par la religiosité de leurs confrères musulmans, notamment dans le milieu scolaire. Mais, à ce propos, l’Ifop observe que « la religiosité » est « largement supérieure chez les musulmans que dans les autres religions » : 80 % se déclarent religieux, contre 48 % en moyenne dans les autres religions. 67 % des musulmans âgés de moins de 25 ans « reconnaissent prier au moins une fois par jour » en 2025, ils n’étaient que 26 % en 1989. Là aussi l’augmentation est spectaculaire.

Ce même sondage démontre que les fidèles musulmans auraient un moindre degré de religiosité en vieillissant. Ainsi du port du voile, qui serait en chute chez les musulmanes de plus de 50 ans. Si 31 % des femmes se voilent en 2025, elles étaient 19 % en 2003. En revanche, les femmes de 50 ans et plus, elles, ne seraient plus que 16 % à porter le voile aujourd’hui. Un phénomène similaire se produit pour la fréquentation – essentiellement masculine – de la mosquée : 40 % des jeunes musulmans la fréquentent, contre moins d’un quart des 50 ans et plus (24 %).

Le sondage n’explique toutefois pas les causes de cette baisse de la religiosité après 50 ans, si elle correspond à cette génération plus marquée par l’influence de la sécularisation occidentale ou si c’est l’âge qui entame la vigueur religieuse.

Sur ces différences, François Kraus conclut : « Ce qui frappe dans ces résultats, c’est surtout la constance du gradient générationnel : sur presque tous les indicateurs (religiosité, pratiques cultuelles, voile, refus de la mixité, rejet de la science, primauté de la loi religieuse, adhésion à l’islamisme), les jeunes musulmans se montrent systématiquement plus rigoristes et plus radicaux que leurs aînés. »

Un point de bascule historique, qui se lit sur plusieurs statistiques, se situe entre les années 2016 et 2019. Ainsi de la fréquentation de la mosquée chez les 15-25 ans : elle était de 51 % en 1989, progresse à 74 % en 2001, se maintient en plateau jusqu’à 2019, puis baisse à 64 % avant de bondir à 84 % en 2025. Idem pour le port du voile chez les filles de moins de 25 ans : il est de 16 % en 2003, double en 2016 et passe à 45 % en 2025. On retrouve le même phénomène, autour de 2016, avec la prière personnelle. Jusqu’en 2007, 40 % des musulmans prient au moins une fois individuellement chaque jour. Ils passent à 60 % en 2016.

De même, après avoir été stable sur plusieurs années, c’est à partir de 2016 que la pratique du jeûne chez les 15-25 ans, pour le ramadan, décolle, passant de 70 % à 82 %. Quant à la consommation d’alcool, elle est passée d’environ 30 % pour les moins de 25 ans, en 2011, à 12 % en 2025. L’arrivée d’une forte classe d’âge à l’adolescence à cette période pourrait expliquer ces regains de religiosité mais la séquence 2016-2019 correspond aussi à l’épopée Daech, qui a eu beaucoup d’impact en France.

L’Ifop assure enfin que 7 % des Français interrogés se déclarent musulmans quand 43 % se disent catholiques, 37,5 % sans religion, 4 % protestants ou évangéliques, 1 % juifs, 1 % orthodoxes, 1 % bouddhistes. Les musulmans composaient moins de 1 % de la population française il y a 40 ans, en 1985, alors que 83 % des Français se déclaraient catholiques. Cela ne confirme pas la perspective du « grand remplacement », estime l’institut, mais la tendance de fond pose avec une « acuité nouvelle la question de l’adhésion aux valeurs républicaines » des jeunes générations musulmanes. En effet, argumente l’Ifop, le mouvement dessiné par le sondage est « loin de s’atténuer », car il « est porté par une jeunesse de plus en plus désireuse de marquer son identité musulmane face à une société française perçue comme hostile ».

Note : ce sondage a été réalisé du 8 août au 2 septembre sur un échantillon de 1 005 personnes de religion musulmane (extrait d’un échantillon national représentatif de 14 244 personnes âgées de 15 ans et plus résidant en France métropolitaine).

D’Allah akbar à Free Palestine ?

L’attentat de Washington marque peut-être un tournant. L’assassin présumé n’était pas lui-même un musulman radicalisé, mais c’est à la cause palestinienne telle qu’elle a été refondée dans la matrice islamiste qu’il a manifestement prêté allégeance.

La sidération était totale. Je parle évidemment de l’attentat meurtrier de Washington contre deux jeunes diplomates de l’ambassade israélienne, et cela, au Musée juif de la capitale fédérale américaine. L’assassin, qui a une histoire militante à l’extrême gauche, a d’abord cherché à se faire passer pour un témoin du crime, avant de le revendiquer au cri de « Free Palestine ». C’est pour Gaza qu’il a commis ce double assassinat, et il en est fier. On comprend qu’il souhaite donner l’exemple, et qu’il souhaite multiplier les vocations. Dirons-nous dans quelques jours qu’il s’agit d’un déséquilibré ?

Mais ne fallait-il pas s’attendre un jour à un semblable attentat ? N’ayant pas accepté, après le 7 Octobre, le rôle de victime idéale, tendant l’autre joue et pardonnant sereinement à ceux qui massacrent ses enfants, Israël s’est engagé dans une guerre longue et s’est donné pour mission de chasser le Hamas de Gaza, un tunnel à la fois. Nul ne contestera que cette guerre, comme toutes les guerres, est atroce. Mais elle est présentée depuis le premier jour par les contempteurs d’Israël comme une entreprise génocidaire. C’est la grande inversion des temps présents : Israël, dans ce récit, prend les traits des nazis de jadis, et les Palestiniens, ceux des Juifs. Dès lors, si Israël est vraiment un État nazi, tout est permis.

Ce récit n’a rien de neuf, mais il est sorti des marges de l’extrême gauche. Qui ne le reprend pas est accusé de complicité génocidaire, ou du moins, d’indifférence au malheur objectif des Palestiniens. Les campus américains ont été ainsi le théâtre de scènes où la rhétorique antisioniste masquait bien mal la réaction d’un antisémitisme atavique, aujourd’hui point de contact admis entre l’extrême gauche occidentale et des populations qui l’emportent dans leurs bagages en s’installant en Occident. On voit de même des gouvernements occidentaux flirter avec lui, ou même le reprendre tout simplement à leur compte.

L’idée est de transformer Israël en État paria, comme l’étaient autrefois la Rhodésie et l’Afrique du Sud – on a insuffisamment noté à quel point l’accusation de génocide radicalisait celle voulant qu’Israël reproduise la logique de l’apartheid. Dès lors, ceux qui le servent sont coupables par association, et les abattre s’inscrit dans une guerre globale de libération. Assassiner un diplomate israélien revient à abattre un fonctionnaire du Parti nazi.

Comment ne pas avoir à l’esprit l’attentat de Septembre noir contre les athlètes israéliens à Munich, en 1972, célébré par un journaliste révolutionnaire depuis devenu célèbre, convaincu alors de la cruelle nécessité de ces assassinats, même s’il s’est amendé ensuite, ce qui ne l’empêche pas de prendre encore la pose du grand professeur de morale, d’exemplaire inquisiteur. On trouvera même des politiques, marqués à gauche de la gauche, pour dissocier cet attentat de toute forme d’antisémitisme, en le présentant plutôt comme la réplique malheureuse mais inévitable contre la domination d’un peuple par un autre. Ils avaient dit la même chose après le 7 Octobre.

Il ne faudrait toutefois pas voir dans l’attentat de Washington un fait isolé, même s’il se distingue évidemment par son extrême violence. Car la persécution des Juifs est devenue banale en Occident, et bascule dans l’épuration ethnique à bas bruit. L’histoire de Londres, en la matière, semble terriblement prophétique. Les Juifs sont condamnés à renouer avec le ghetto. On se souvient aussi de la chasse aux Juifs d’Amsterdam, en novembre 2024. Ailleurs, comme à Sarcelles, ils quittent des terres de vieille implantation. Quant aux lieux communautaires juifs, on semble désormais considérer comme allant de soi qu’ils disposent d’une protection quasi militaire.

L’attentat de Washington marque peut-être toutefois un tournant. Combien, à ce moment, se sont dit : nous y sommes. Ce que nous redoutions vient de se produire, dans une société qui produit certes des tueurs fous à répétition, mais qui pourrait bien exporter ses névroses. L’heure est peut-être venue de l’islamisme de contamination. J’entends par-là que l’assassin de Washington n’était pas lui-même un musulman radicalisé, et qu’il n’était pas un Palestinien révolté non plus. Mais c’est à la cause palestinienne telle qu’elle a été refondée dans la matrice islamiste qu’il a manifestement prêté allégeance. Rappelons que six jours après l’attaque du 7 Octobre, l’assassin de Dominique Bernard, Mohammed Mogouchkov, avait justifié son geste en invoquant le conflit israélo-palestinien.

C’est la grande réussite du Hamas d’avoir transformé la cause nationale palestinienne, légitime, en cause islamiste globale, elle vraiment génocidaire. De ce point de vue, il n’est pas interdit de penser que crier « Free Palestine » soit une manière de dire « Allah akbar » par d’autres moyens.

Mathieu Bock-Côté. Le Figaro
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La France hostile aux musulmans; vraiment ?

Dans une tribune publiée le 4 août dans le Guardian, Rokhaya Diallo tente pour la énième fois de montrer que la France serait hostile aux musulmans, considérés comme des ennemis de l’intérieur. Hélas pour elle, tous les exemples de «persécution» qu’elle dénonce sont liés aux islamistes. Elle fait donc un amalgame, on ne peut plus malsain. Un amalgame qui, au passage, met en danger les musulmans. Mais elle n’en a cure. La dénonciation mensongère de la France est devenue une rente de situation et une source de revenu. Pourquoi s’astreindre à un rapport aux faits et à la vérité quand reprendre les accusations des islamistes, comme leur terme «d’islamophobie», s’avère lucratif et donne du pouvoir ?

Nous vivons aujourd’hui une époque formidable : pour exister, il n’est plus besoin de faire quelque chose de sa vie, il suffit de se plaindre de ce que la vie nous a fait. La victimisation peut même devenir une activité lucrative quand on sait la vendre pour créer du ressentiment dans une communauté. Cela afin d’en attaquer une autre. C’est une des activités principales de ceux qui se disent racialistes, dont Rokhaya Diallo a tenté d’être la pasionaria. Mais le racialisme ne paie pas : cette essentialisation via la couleur de peau n’étant au fond que du racisme dans sa forme la plus primaire, il a fallu trouver autre chose pour mettre la France et à travers elle la civilisation occidentale et la démocratie en accusation. Or l’idéologie islamiste remplit parfaitement cet office : elle offre une victime absolue, le musulman ; elle désigne son bourreau, l’occidental et le juif et dans une idéologie de conquête, elle le transforme en cible à dominer ou à éliminer.

Pour cela, il y a une méthode très claire à appliquer et elle est très bien expliquée dans la doctrine des Frères musulmans. Il faut victimiser sa cible, car quand celle-ci se vit en victime, elle s’imagine en danger et agit en fonction. Assez rapidement, dans les quartiers sous domination islamiste, s’installe l’idée que celui qui n’est pas musulman est un ennemi potentiel. C’est là que la dialectique d’une Rokhaya Diallo joue tout son rôle dans une perspective islamiste de séparatisme. Elle est là pour alimenter l’idée que jamais les musulmans ne trouveront leur place en France et que les persécutions ne font que commencer.

Dans les actes antireligieux, les musulmans sont les moins attaqués alors qu’ils disposent de nombreux lieux de culte. Cela n’a pas changé. Pour donner un ordre d’idée : en 2024, 1.570 actes antisémites ont été recensés (les Juifs ne représentent que 0.6 % de la population), les actes antichrétiens sont autour de 1.000, et les actes antimusulmans, eux, étaient au nombre de 137. Mais pour Rokhaya Diallo, seuls les musulmans comptent.

Autre problème, Madame Diallo fait comme si les menaces qui planaient sur Charlie Hebdo  à l’époque n’étaient pas liées aux islamistes. C’est faux. Si Charlie est constamment menacé, c’est à cause de la publication des caricatures du prophète de l’islam. Nul ne l’ignore. On peut aussi parler du ton haineux et agressif de cette tribune. Alors que les journalistes de Charlie sont menacés de mort et confrontés à ce premier passage à l’acte, voilà ce que signe Rokhaya Diallo : «il n’y a pas lieu de s’apitoyer sur les journalistes de Charlie, les dégâts matériels seront pris en charge par leur assurance, le buzz médiatique et l’islamophobie ambiante assureront certainement à l’hebdomadaire, au moins ponctuellement, des ventes décuplées». La suite du texte explique que ce n’est pas Charlie qui est persécuté mais les musulmans et défend le port du voile avec véhémence. Le tout pour accuser au final Charlie «d’obsession islamophobe». À l’époque déjà, on savait que l’accusation d’islamophobie tuait, mais visiblement les signataires de cette tribune s’en moquaient. La tribune donnait de Charlie Hebdo l’image d’un journal raciste, ce qui à l’époque pouvait en faire une cible légitime. Or contrairement aux accusations d’obsessions islamophobes, une analyse des unes de l’hebdo faite par deux sociologues et publiée dans Le Monde du 23 février 2015 a montré que l’islamisme n’était pas une préoccupation majeure du journal : seules 7 % des Unes du journal concernaient la religion entre 2005 et 2015. Elles se réduisaient au nombre de 38 dont 7 ont visé l’islam et 21 le christianisme. Voilà pour les faits.

C’est donc à juste titre qu’après l’assassinat des journalistes de Charlie au nom de l’islam, des comptes soient demandés à tous ceux qui avaient excité la meute contre eux, dont Rokhaya Diallo n’était pas la moindre. Pascal Bruckner avait alors interrogé les liens de Rokhaya Diallo avec l’islam politique. De fait, les décoloniaux, dont elle se réclame, reprennent la plupart des éléments de langage des islamistes et leur vision du monde. Ils agissent, manifestent, pétitionnent ensemble.

Après avoir essayé de se débarrasser de toute responsabilité concernant ses engagements, Rokhaya Diallo revient longuement sur son procès perdu contre Pascal Bruckner. Bien sûr, elle explique que c’est parce qu’elle est une femme musulmane que ce procès a été dénoncé comme participant au djihad judiciaire financé ou organisé par les islamistes contre les défenseurs de la liberté d’expression. Là encore, la manipulation est patente. Ce terme de djihad judiciaire a été forgé au vu des procès que subissaient nombre de lanceurs d’alerte qui luttaient contre l’islamisme. Mohamed Louizi, ancien frère musulman et auteur d’un livre dénonçant la confrérie l’a subi et je l’ai subi aussi. Qui m’a attaqué ? Lallab, une association proche des frères musulmans et Rokhaya Diallo. Elle a perdu, comme face à Pascal Bruckner. Or la phrase qu’elle avait attaquée en justice disait que si Rokhaya Diallo n’avait pas été jugée digne d’intégrer le conseil national du numérique, c’était «à cause de son propre racisme, de son sexisme et de sa proximité avec la mouvance islamiste». On comprend qu’elle n’ait pas envie de s’en vanter.

Rokhaya Diallo cite également à l’appui du rejet des musulmans l’exemple de Karim Benzema. Celui-ci, parce qu’il aurait pris la parole en faveur de Gaza, aurait été violemment et injustement critiqué par Gérald Darmanin. Comprendre : dès qu’on défend Gaza, on est accusé d’être islamiste. Or les faits ne sont pas exacts une fois encore. À l’époque, Karim Benzema n’a manifesté aucune compassion pour les massacres du 7 octobre. Il ne prendra position qu’une semaine après et uniquement pour parler «des bombardements injustes» menés par Israël. Alors qu’un crime contre l’humanité vient d’être commis, une telle attitude peut interroger sur les sympathies idéologiques du joueur.

Rokhaya Diallo termine sa diatribe sur le rapport du ministère de l’Intérieur concernant l’entrisme islamiste. Rapport qu’au demeurant les spécialistes de ces questions ont trouvé plutôt timide. En attendant, ce rapport fait une distinction claire entre islamistes et musulmans même si, contrairement à Mme Diallo, il affronte le réel. En effet toute la démonstration de la chroniqueuse du Guardian vise à expliquer que les musulmans sont des victimes et que l’accusation de sécessionnisme est infâme. Or cette question se pose réellement et cette dimension apparaît et se renforce dans les sondages. Ceux-ci montrent clairement qu’une partie des musulmans est sous la coupe des islamistes et refuse la société occidentale. Pour le plus grand malheur de ceux qui ont trouvé leur place en France. Or Rokhaya Diallo fait clairement partie des premiers et non des seconds.

Nous disposons de chiffres pour mesurer la réalité et l’importance de l’emprise islamiste et ces chiffres montrent un décalage important et significatif avec le reste de la population mais aussi avec les autres croyants. En 2020 :

  • 46 % des musulmans interrogés estimaient que leurs convictions religieuses étaient plus importantes que les lois de la république (17 % dans la population générale). À noter que chez les moins de 25 ans, le taux monte à 74 %.
  • 57 % des jeunes musulmans se déclaraient pour l’application de la charia en France.
  • 63 % des personnes de confession musulmane qualifient l’homosexualité de perversion ou de maladie ; c’est le cas de moins de 15 % de la population générale et de 20 % des catholiques.
  • Seulement 43 % des musulmans pensent que la Shoah est un crime monstrueux ; pour la population générale on monte à 75 %.
  • Le rapport au sexisme interroge aussi : Alors que plus de 70 % de la population est opposée au port du voile et le rejette pour le refus de l’égalité hommes/femmes qu’il symbolise, 65 % des musulmans soutiennent le voilement. L’accusation de séparatisme ne repose pas sur rien et témoigne de la profondeur de l’influence islamiste. Le taire, c’est abandonner ceux des musulmans qui au contraire montrent qu’un autre chemin que l’islamisation est possible.

Rokhaya Diallo prouve dans cet article que la victimisation éhontée se fait souvent au détriment du réel. Si elle perd ses procès, c’est parce que l’argumentation de ses adversaires porte. Mais surtout, enfant gâté du système, elle demande une compassion sans limite alors qu’elle vit de fausse victimisation. À une autre époque, ceux qui avaient la chance d’être bien servis par la vie, d’être soutenus financièrement et d’accéder à une petite notoriété avaient la dignité de ne pas se rouler par terre à la moindre contrariété. Les jalousies et petites mesquineries étaient appelées «rançon de la gloire» et on avançait sans exiger d’être escorté d’une cohorte de pleureuses. Au lieu de jouer les victimes, Rokhaya Diallo devrait essayer de se confronter aux réalités car c’est l’ampleur de l’emprise islamiste qui mène au rejet des musulmans et elle est un des vecteurs de cette influence.