Parid (Agefi-Dow Jones)–La course à l’intelligence artificielle n’est pas près de se terminer. Y compris dans les prévisions d’investissements (capex), toujours plus titanesques chez les géants du numérique. Lors de la publication de leurs résultats semestriels ces derniers jours, ils ont même revu à la hausse leurs engagements. « Sky is the limit ». Il est vrai qu’ils peuvent se targuer de résultats parfois mirobolants, dopés par l’effet IA.
La mécanique qui alimente l’envolée des coûts est connue. Dans cette course aux armements, tous s’efforcent de construire suffisamment de centres de données pour répondre à la forte demande de formations et d’outils d’IA générative, auxquels s’ajoutent des coûts connexes, comme la nécessité de sécuriser leurs approvisionnements en énergie sur plusieurs années.
Leurs profits ahurissants sont désormais suffisants pour les réinvestir lourdement dans l’IA: Wall Street elle-même les soutient totalement. L’action Microsoft a bondi de 4% jeudi, franchissant même temporairement la barre symbolique des 4.000 milliards de dollars de capitalisation en cours de séance.
Meta s’est de son côté envolé de 11%, à 773 dollars, pour atteindre un niveau record et amener sa capitalisation aux portes des 2.000 milliards de dollars.
+ Des capex de plusieurs dizaines de milliards de dollars +
Alphabet, la maison mère de Google, avait ouvert le bal dès le 23 juillet, en annonçant des ventes records. Dans la foulée, elle avait relevé de 10 milliards de dollars (+13%) ses prévisions d’investissements pour l’année, désormais chiffrées à 85 milliards de dollars (74,4 milliards d’euros).
Microsoft a poursuivi la surenchère, annonçant mercredi que ses dépenses d’investissement atteindraient un montant record de 30 milliards de dollars au cours du trimestre en cours, après 24 milliards au premier trimestre clos en juin, pour développer les centres de données qui alimenteront ses services d’IA. « Nous avons ouvert de nouveaux centres de données sur six continents et disposons désormais de plus de 400 centres de données dans 70 régions, plus que tout autre fournisseur de cloud », a indiqué son directeur général, Satya Nadella, lors de la conférence téléphonique avec les investisseurs mercredi.
À ce rythme, la firme de Redmond dépenserait environ 120 milliards de dollars en IA au cours de cet exercice. Surenchère, toujours: elle avait engagé « seulement » 29 milliards de dollars en capex sur l’ensemble de son exercice 2022.
Meta, pour sa part, assume son investissement agressif dans la course à l’IA. L’éditeur de Facebook et Instagram a relevé ses prévisions de capex annuelles, les portant à une fourchette comprise entre 66 et 72 milliards de dollars, contre 39 milliards en 2024. La firme de Menlo Park prévoit déjà une croissance des dépenses en 2026 supérieure à celle de 2025. « Nous sommes convaincus que le moment est venu d’investir véritablement dans l’avenir de l’IA, car cela nous ouvrira de nouvelles opportunités et renforcera notre cour de métier », a déclaré Susan Li, directrice financière, aux investisseurs lors d’une conférence téléphonique.
+ Apple en retrait +
Ses méga-investissements viendront porter la vision, un rien messianique, que soutient désormais son fondateur et dirigeant Mark Zuckerberg sur la « superintelligence » destinée à dépasser le cerveau humain. Dans une lettre publiée en ligne mercredi 30 juillet, il estime que « des appareils personnels, comme des lunettes, qui comprennent notre contexte car ils peuvent voir ce que nous voyons, entendre ce que nous entendons et interagir avec nous tout au long de la journée, deviendront nos principaux appareils informatiques ».
Le milliardaire de 41 ans a largement exposé sa course effrénée aux investissements pour rattraper son retard face à Microsoft, partenaire privilégié d’OpenAI, ou à Amazon, investisseur d’Anthropic. Il flambe aussi dans les acquisitions et dans une frénésie d’embauches prestigieuses pour armer sa nouvelle entité, Meta Superintelligence Lab. En juin, il indiquait investir 14 milliards de dollars pour acheter 49% de la start-up d’IA Scale AI et recruter son PDG, Alexandr Wang. Il a aussi débauché chez les concurrents plusieurs chercheurs de haut niveau en IA, quitte à promettre des primes à la signature de plusieurs millions de dollars.
Jeudi soir, Amazon a de son côté dévoilé des investissements de 31,4 milliards de dollars sur le deuxième trimestre et indiquait qu’il comptait garder ce rythme sur le reste de l’année. De quoi atteindre potentiellement 118 milliards de dollars sur l’ensemble de l’exercice. Des annonces qui n’empêchaient pas l’action de perdre du terrain vendredi avant l’ouverture de Wall Street en raison de performances décevantes dans son pôle d’informatique dématérialisée (AWS).
Parmi les géants américains du numérique, Apple apparaît en retard sur la thématique de l’intelligence artificielle. Le groupe a la pomme a, certes, dépassé les attentes des analystes avec ses résultats trimestriels mais les revenus liés à l’IA demeurent secondaires pour le moment. Le directeur général, Tim Cook, a toutefois indiqué que les investissements de son entreprise en la matière « augmentaient significativement » et qu’Apple faisait « de bons progrès » dans la personnalisation de son assistant vocal Siri.
+ Retours sur investissements dans l’IA +
A l’exception d’Amazon, tous les groupes de la Big Tech ont pu se targuer de résultats meilleurs que prévu ces derniers jours, qui mettent en évidence les rendements croissants de leurs paris massifs sur l’IA. Microsoft, dont le chiffre d’affaires a augmenté de 18% à 76,4 milliards de dollars au cours du trimestre, pour un bénéfice en hausse de 24%, à 27,2 milliards, a pour la première fois fait preuve de réelle transparence pour son activité de cloud computing Azure. L’entité a ainsi réalisé des ventes supérieures à ce qui était attendu (+39% contre +34% anticipés), le tout assorti de prévisions améliorées.
Mieux, il a dévoilé pour la première fois le montant en dollars de cette activité et le nombre d’utilisateurs de ses outils d’IA Copilot. Azure a ainsi généré plus de 75 milliards de dollars de chiffre d’affaires au cours de l’exercice au 30 juin, tandis que les outils Copilot comptaient plus de 100 millions d’utilisateurs actifs, particuliers ou entreprises, par mois. Au total, environ 800 millions de clients utilisent des outils d’IA disséminés dans l' »étoile noire » des logiciels de Microsoft. Son nouveau service IA Foundry est désormais adopté par 14.000 clients pour créer des agents qui automatisent des tâches complexes.
De son côté, Meta a généré un chiffre d’affaires trimestriel en hausse de 22%, à 47,5 milliards de dollars, pour un bénéfice net en hausse de 36%, à 18,34 milliards. Sur un an, il a dégagé un profit ahurissant de 71,5 milliards de dollars pour un chiffre d’affaires de 179 milliards.
A elle seule, son activité publicitaire peut soutenir ses dépenses massives, assurait Mark Zuckerberg. « Meta a ‘réussi’ ce trimestre, en partie grâce aux améliorations apportées à l’IA qui ont permis à l’entreprise d’augmenter le prix moyen de ses publicités », confirme dans une note Matt Britzman, analyste actions chez Hargreaves Lansdown. Le chiffre d’affaires pour le trimestre en cours, presque intégralement issu de la publicité, devrait se situer entre 47,5 et 50,5 milliards, a déclaré Meta, au-delà des 46,2 milliards attendus par les analystes. Il utilise déjà l’IA pour cibler ses campagnes publicitaires, voire pour générer des publicités.
De son côté, Alphabet a annoncé que son assistant Gemini comptait désormais plus de 450 millions d’utilisateurs actifs mensuels. A titre de comparaison, ChatGPT d’OpenAI, à l’origine de la frénésie autour de l’IA générative, indiquait en mars recenser environ 500 millions d’utilisateurs actifs hebdomadaires.
+ Autoalimentation +
La course à l’IA va-t-elle nourrir une vague de croissance continue? « Ce n’est que le début de la vague de croissance qui se profile à l’horizon, avec les 2.000 milliards de dollars de dépenses des entreprises et des gouvernements attendus sur les trois prochaines années dans les technologies et les cas d’utilisation de l’IA », anticipe dans une note Dan Ives, le très techno-optimiste analyste de l’institut Wedbush.
« D’une certaine manière, cette course s’apparente historiquement à la course aux PC, aux navigateurs web, aux moteurs de recherche et aux smartphones », écrit pour sa part Mike Proulx, analyste chez Forrester. « Mais la grande différence, c’est que cette course s’accélère beaucoup parce que l’IA – ce vers quoi Meta et d’autres se dirigent – contribue à s’accélérer elle-même. »
-Capucine Cousin, Agefi-Dow Jones, ed: JDO
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August 01, 2025 08:03 ET (12:03 GMT)
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